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UTMB : savoir vaincre l’échec

Gilles Spagnol : « c’est fabuleux ce que le cerveau arrive à faire »

©Instagram@gillesspagnol

Pour son 50ème anniversaire Gilles Spagnol s’est fixé un objectif un peu fou : monter sur le podium de l’UTMB dans sa catégorie. Pendant cinq longues années remplies d’entraînements et de sacrifices, ce coureur amateur s’est préparé pour courir l’un des Ultra-Trail les plus réputés au monde. Dans une vidéo immersive il explique comment il a réussi à boucler cet Ultra en 28 h 05 pour accrocher la deuxième place vétéran 2 (81 au scratch, juste énorme).

Au delà de cette performance remarquable Gilles Spagnol signe ici une vidéo très riche d’enseignement dans l’approche mentale. Cette vidéo ne vous permettra pas de découvrir ou comprendre au mieux le parcours de l’UTMB, elle décortique les facteurs qui amènent votre cerveau à devenir le finisher que vous aviez rêvé d’être. 

La famille et les amis pour tenir

La scène prend place à Chamonix en août 2016, cinq ans après que Gilles se soit promit « d’être au départ de l’UTMB pour mes 50 ans ».
Avec lui évidemment il a emmené ses filles et sa femme, qu’il considère presque comme des participantes : elles ont aussi vécu ses heures d’entraînements, ses courses préparatoires, son alimentation pointilleuse … C’est donc pour elles aussi une forme de concrétisation.

Au-delà du moment magique qui unit la famille et les autres amis présents sur place la veille du départ, Gilles y voit surtout un facteur important pour sa réussite : « ça permet de ne pas rentrer trop tôt dans la course et de ne pas griller de l’énergie » …

Vous l’aurez compris, ce coureur originaire du Mercantour se nourrit de la force que lui donnent ses proches et elle lui permettra de tenir dans les moments les plus rudes des 167km qu’il va parcourir.

Une préparation très rigoureuse

En plus de la préparation « classique » (ou si vous préférez physique) de la course qui s’est bien passé selon lui-même, Gilles Spagnol a intégré dans son programme des scènes de visualisation en plus des séances de préparations mentales. Ce sont ces initiatives qui lui permettront d’être dans sa performance : « c’est fabuleux ce qu’on arrive à faire quand on parvient à conditionner notre cerveau ».

Sur la course et les diverses zones d’assistance, ce sera Franck qui lui sera vital dans ce recadrage mental : « Il sait comment je fonctionne, il décrypte mes attitudes et quand j’arrive sur le ravitaillement, il sait ce dont j’aurai besoin » …

Un Ultra n’est jamais prévisible

C’est alors dans des conditions optimales que ce 26 août 2016, à 17h, il rejoint le sas de départ « je me suis donné les moyens non seulement de le finir, mais également de faire un bon temps si tout se passe bien ».

Galvanisé par le départ Gilles arrive en avance au premier ravitaillement à 30km. Tout se passe bien et il ne se remet toujours pas de l’ambiance unique de l’épreuve : « Le passage à St Gervais m’a marqué, c’est un truc de malade ! On dirait le Tour de France ce ravitaillement ! ».

Seulement, après un passage serein aux Contamine, c’est un grand choc qui va frapper ses proches au ravitaillement suivant : « j’arrête, j’ai le tendon qui lâche ».

A ce moment-là, tout se brise dans la tête de Gilles : « C’est une immense déception de prendre cette décision… Ce n’est pas possible de s’arrêter là, après tous ces sacrifices … Mais au niveau de la santé je ne sais pas si c’est grave, il vaut mieux arrêter ». Ce qui nous semble primordial dans ce mécanisme de l’abandon c’est cette réflexion de Gilles : « Et même si tu y arrive, ce n’est pas la course que t’aurais voulu faire »

« Evidemment c’est pas facile de rendre un dossard, tu pense à tout le monde, ceux qui t’attendent au prochain ravitaillement, tes filles qui au réveil vont se dire « il est où papa ? ». Le retour dans la voiture est plus que silencieux, t’as envie de chialer. Y’a toute cette attente : la tienne et celle des autres. Tout va s’arrêter ».

Savoir vaincre l’échec et en faire une force

Un an plus tard, les caméras sont de retour auprès de Gilles et de ses proches, avec une seule phrase en tête : « il est hors de question de s’arrêter là, il faut y revenir. » Le 1er septembre 2017, c’est donc reparti pour un nouveau tour du Mont Blanc.

Evidemment, les souvenirs de l’échec résonnent dans les têtes. Mais doté d’une hargne à toute épreuve, le cinquantenaire ne se laisse pas affaiblir et 30km et 2 cols plus tard, il arrive à Courmayeur. Là, quelques doutes s’installent à cause d’une digestion compliqué de la soupe qu’il a prise aux Chapieux et également une gêne au niveau du genoux, mais la motivation et la forme sont là donc le coureur repart assez tranquillement.

Cependant, les ravitaillements s’enchaînent et Gilles commence à perdre espoir … « j’ai mal au genou, j’en ai marre de descendre. Je me dis « à quoi ça sert de continuer ? ». A cet instant, la seule force qui pouvait remotiver notre coureur est intervenue : « Puis là, moment magique, mes filles apparaissent sur l’écran du ravito … Et c’est là que je me remémore toutes les raisons pour lesquelles je suis ici. Les sacrifices, les personnes qui m’ont accompagnées et les très belles découvertes que j’ai faites pendant ces 6 ans. On ne peut pas s’arrêter là, on va aller au bout. C’est énorme de pouvoir compter sur ses amis qui sont là à chaque arrêt. »

Beaucoup de coureurs sous-estiment l’impact du mental sur un Ultra, se disant que la forme et les capacités suffiront. C’est faux, et l’expérience permet à chaque sportif de comprendre que le soutien des proches et la capacité mentale de se remotiver font très souvent la différence.

Pour Gilles la course continue et malgré un arrêt qui lui permet d’être reboosté en apprenant qu’il est deuxième dans sa catégorie, il va re-sombrer dans ses doutes à Trient où il appréhende les deux descentes qu’il va devoir affronter et les dégâts qu’elles vont causer à son genou.

Une fois de plus, ce qui lui permettra de tenir c’est la surprise que lui ont préparé ses amis et sa femme : « Tout mes doutes et mes appréhensions se sont levés parce-que ma femme me fait la surprise d’être là. Ça a été manigancé avec mes potes, et là c’est génial parce qu’on ne pense plus à la douleur dans les descentes, mais seulement à aller au bout ».

Après le passage à Vallorcine, tout le monde sait que Gilles va le faire, à l’image de son coach : « Il y a 6 ans il est venu me voir et il m’a dit que son rêve était de faire le podium en D2 sur l’UTMB. Bah voilà, ce soir, il va le faire ».

Ce qu’il faut retenir de l’expérience de Gilles

Pour arriver à Chamonix en 28 heures, 05 minutes et 28 secondes, Gilles Spagnol a certes réalisé un entraînement intense avec de nombreux sacrifices, mais au-delà de la performance physique, c’est le mental qui a fait la différence : « j’ai réussi à exiger du cerveau qu’il annule ma sensation de douleur. C’est ce qui m’a permit d’arriver au bout. C’est fabuleux ce que le cerveau arrive à faire quand on arrive à le conditionner ! ».

Ce qu’il retiendra de cette aventure, c’est tout ce qu’il a apprit sur lui-même et sur la façon de compter sur les autres, de travailler avec eux : « C’est génial de voir ce qu’on a partagé tous ensemble. En plus mes potes sont tous finisher de leurs courses ! La plus grande émotion c’est quand t’arrives à la fin. T’oublie la fatigue, les douleurs, tu voles. J’ai vraiment envie que les gens vivent ce que j’ai vécu dans le dernier virage ».

Faire le tour du Mont Blanc sur 167,5km n’est pas chose facile, on ne vous apprend rien. Mais même sur des courses plus courtes, plus « faciles », même dans d’autre sports : le mental est un facteur vital pour performer. Le soutien des amis, de la famille, leurs encouragements dans les moments difficiles : toute cette dimension mentale permet de faire la différence entre un finisher et un échec.

Bravo à Gilles Spagnol et merci à lui et Rhino Production pour cette super vidéo et ses enseignements.

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