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100 miles Sud de France 2019, récit

Quand un homme carbure aux bisous… Et hop, Finisher !

©Instagram@adharanand

Après une “Grande Traversée” (120 Km, 5700 m D+) réussie en 2018, Christophe, notre rugbyman Trailer, avait décidé de passer au “grand format”. Dès lors, son objectif 2019 était clair : “Finisher du 100 miles Sud de France” (172 Km, 8000 m D+). Un Ultra-Trail qui à l’image de la Diagonale des Fous se dessine en forme de périple. Ici pas de traversée d’une île, mais une sorte de quête pyrénéenne pour coureurs voulant rallier “Pyrénées 2000”, situé au cœur du Parc Naturel Régional des Pyrénées Catalanes, à “Argeles Sur mer”.

C’est le récit de ce périple réalisé certes avec ses compagnons de route Patrice et Edith, qui l’ont déjà suivis sur plusieurs beaux Trails depuis 2015, mais aussi avec sa femme, tout à la fois pacer, kiné et coach, que Christophe nous livre avec simplicité et même tendresse.

Sauvage et magnifique… Les Pyrénées !

Le départ est donné après un tour dans « Pyrénées 2000 », nous voilà partis en direction de Planes, en passant par la citadelle de Mont Louis. Le début est très roulant, il ne faut pas s’emballer. J’arrive à Planes (13 Km), je remplis mes gourdes, je récupère un sandwich auprès de Céline et nous voilà reparti avec Pat.

Au programme, deux belles difficultés, le col del Pal et le col Mitja en passant par le refuge de la Carança (28 Km). Cette partie est magnifique et sauvage, on en prend plein les yeux et les oreilles avec le bram du cerf. Tout se passe bien jusqu’à la descente en direction du refuge.

Je commence à sentir une douleur au niveau du quadriceps gauche. Je suis gêné pour descendre, je dis à patrice de partir mais je le retrouve au ravito. On repart ensemble pour l’ascension de col Mitja.

En montée, ça va, pas de douleur mais dans la descente en direction de Mantet, rebelote. Pat reprend de l’avance. Malgré la douleur, le moral est là. J’arrive au ravito de Mantet (38 Km), un petit village magnifique. Pat est sur le départ, je fais le plein. Céline me masse la cuisse, je repars.

Montée du col de Mantet, descente vers Py puis col de Koi et descente vers la première base de vie de Vernet (55 Km). Les problèmes sont toujours les mêmes les montées ça va mais les descentes « aïe aïe », la cuisse fait mal. Bizarrement, je suis dans mes temps.

De l’importance des ravitos et bases de vie

A Vernet, Pat est toujours là, tout va bien pour lui. Je prends le temps de me changer, bien manger un bon bol de pâtes et massage – merci encore Céline – Edith arrive entre temps, elle a mal au genou mais son moral à l’air d’aller.

Je ne traîne pas et me voilà reparti sur une partie qui me fait peur, la montée vers le refuge des Cortalets (65 Km) par le col des voltes 10 km 1500 de d+. Je décide de prendre les bâtons pour soulager ma cuisse. Je ne monte pas trop mal.

J’arrive au ravito de la citerne où se trouve mon beau-frère Gilles. Un bisou, il me remplit les gourdes et là, un de ses collègues me propose une bière. J’hésite. Un coureur à côté de moi répond par l’affirmative. Je lui dis que j’hésite, il me propose de la boire à deux. Ok. Je bois une gorgée, mais non, trop forte la Leffe. Je lui rends et je repars direction les voltes.

Ça monte, c’est raide, c’est interminable et pourtant ça ne fait que 3 bornes. Je récupère quelques coureurs dont Pat qui a un coup de moins bien, un morceau de fromage est mal passé, il décroche un peu mais il me récupère juste avant les Cortalets (65Km). Les derniers mètres se font dans le brouillard, il ne fait pas chaud.

Nous arrivons au ravito, une bonne soupe et le plein.

L’ultra est une course de solitaire qui voyage de groupe en groupe

100 miles sud de France 2019, récit
©Instagram@dieargento

Comme à chaque fois nous décidons de faire la descente ensemble. Nous sommes avec un autre coureur qui lui aussi est un ancien rugbyman. Tout se passe bien. On papote. J’ai pris un doliprane. Ça me soulage un peu. Les balcons du Canigou passent nickel avec même quelques relances.

Nous arrivons à l’excellent ravitaillement de l’Estagnol (75 Km). C’est normalement un ravito avec uniquement de l’eau mais comme l’année dernière, il y a de tout et en plus une ambiance discothèque, les bénévoles portent des perruques disco, la musique à fond, c’est génial !

Par contre, au départ, aïe la cuisse. Je repars en boitant, limite crampe. Je demande à mes deux accompagnateurs de faire leur course car il se profile devant nous la montée du col de la Cirère. Finalement, la montée ne se passe pas trop mal. Pat a accéléré mais Jean Regis est dans le dur aussi. La descente vers Batere commence à nous piquer les jambes.

Batere (80 Km), Pat est sur le départ. Je me fais encore masser la cuisse par Laura – merci encore – et je repars.

La descente vers Arles va être interminable. Je ne peux pas courir et 12 km avec plus de 1000 de d- c’est long et ça fait mal ! Je me fais doubler par quelques coureurs, le moral baisse un peu.

Quand on vous dit que c’est dans la tête… c’est aussi dans le bisou…

Mais voilà, à 2 km de la base de vie de Arles-sur-Tech (92 Km), j’aperçois un rayon de soleil, ma chérie, mon amour, ma Sabrina ❤️. Ça me remonte le moral. Un bisou et direction la base de vie. 500 m avant le pointage, je suis rejoint par Edith qui souffre aussi du genou, nous arrivons ensemble. Pat est là, il va bien et est presque prêt à prendre le départ. C’est la dernière fois que je le vois. Des Tocats (Les Tocats del cim est une association de Trail située á Ceret (66) dont je fais partie) sont présents aussi, ça fait du bien de voir du monde que l’on connait.

Je ne traîne pas. Je pars prendre une douche, ça me fait du bien. Je me change, mange, fait le plein Sab me masse. Je suis heureux de voir mon amour. C’est l’heure de repartir, un gros morceau m’attend : la montée du col de Paracoll, c’est raide, c’est le début du kv du Belmaig, des cailloux, un sentier étroit des grosses marches…

Sabrina, coach, pacer et kiné, ma Wonder Woman

Le bisou du courage

Sabrina m’accompagne sur la partie route puis me laisse, le jour se lève, je monte tranquillement. Je croise quelques coureurs qui sont étonnés de la difficulté du parcours. Je bascule direction Montalba (104 Km) avec toujours les mêmes problèmes. Je ne peux pas courir en descente.

Sabrina vient à ma rencontre, ça me rebooste encore. Au ravito de Montalba (104 Km), mes enfants sont là et ma belle-mère aussi. Ça booste. Je prends le temps de changer mes chaussettes car celles que j’ai mis à Arles me gênent.

Encore un massage de ma chérie et c’est reparti, encore un gros morceau, le Roc de France avec sa magnifique et terrible montée dans les hêtres. Au moment de partir, impossible de retrouver mes bâtons, je retrouve une paire identique mais sans les sangles, je soupçonne un coureur d’avoir fait l’échange 😡.

Comme au rugby, savoir gérer les temps faibles comme les temps forts

Je décide de partir sans bâtons, Sab m’accompagne une bonne demi-heure. Le début n’est pas trop dur, le sentier est large mais après ça pique dur, c’est une partie qui est empruntée par la Vallespir Skyrace jusqu’au col Cerda et là, comme chaque année, dans la forêt de hêtres, c’est la panne. Je n’avance vraiment pas vite, mais personne ne me revient dessus. Je reçois un appel de mes collègues de boulot ça me redonne un peu d’énergie.

J’arrive sur les crêtes, c’est technique mais c’est beau : d’un côté, la France avec en bas mon village Céret et de l’autre côté, l’Espagne avec le lac de Darnius.

Me voilà dans la descente après avoir rempli mes gourdes. Ce n’est pas dur. C’est de la route puis de la piste mais je ne peux pas courir. Je récupère Florian qui est en souffrance aussi.
Revoilà Sab qui vient à ma rencontre. C’est top, elle fera cela sur tous les ravitos jusqu’à la fin.

Dormir ne met pas à l’abris des erreurs

Et nous voilà à las Illias (120 Km). Le ravito est tenu par mon association, Les Tocats del cim. Leur accueil est chaleureux, je discute un peu mais pas trop car c’est l’endroit où j’ai décidé de dormir un peu. Sab me sort une grosse couette de la voiture elle me la pose sur un banc en pierre et hop KO de 15 min chrono. Elle me réveille et c’est reparti. Je peux vous dire que ça m’a fait un bien fou, j’ai dormi comme un bébé.

Me voilà parti en direction du Perthus (135 Km), c’est la dernière base de vie. Je fais la connaissance de Marion un coureur breton. Le courant est tout de suite passé, on s’entraide, on se raconte nos expériences, nos boulots, on discute tellement qu’on loupe le balisage. Bon, on n’était pas les seuls et heureusement je connaissais le secteur.

Les km passent et les heures aussi, nous arrivons au Perthus (135 Km) en passant par le fort de Bellegarde. Il fait encore jour mais plus pour longtemps Sab est encore là. La douleur à la cuisse s’est décalée sur le côté extérieur du genou, ce n’est pas grave, il reste une trentaine de km et 1600 de d + environ. Ça va passer. Mes parents sont là. Mes enfants et Nona aussi, ça remonte le moral. Je passe par la case kiné pour me faire masser.

Certains transforment le plomb en or, d’autres les rochers en vaches

Marion repart. Je repars seul avec Sab sur les premiers Km chaque fois ça me rebooste, je vais en avoir besoin car on monte au pic Neoulous. La nuit tombe avant saint Martin de l’Albère (141 Km) et je retrouve Marion et deux autres coureurs. Nous faisons l’ascension jusqu’au col de l’Ouillat (144 Km) ensemble. Encore une fois, Sab nous rejoint.

C’est génial. Au col, Marion à un coup de moins bien et décide de dormir. Je n’arrive pas à accrocher les deux autres car je m’arrête deux minutes pour faire un bisou à mes enfants.

La montée du pic Neoulous, je la connais bien. Heureusement car le vent a enlevé une partie du balisage. Ça souffle grave, ça pèle, il ne faut pas trainer, Vivement la bascule.

C’est aussi le début des hallucinations, à la place des rochers, je vois des vaches 🐮😁. J’arrive au sommet et c’est parti pour une descente technique vers la vallée heureuse. Je serre les dents, les pieds font mal aussi, les Jambes m’en parlez pas. Les hallucinations continuent, à chaque buisson, je vois un animal, sur chaque rocher un visage. Bref, tout va bien.

Valmy, mon dernier combat, ma dernière bataille

Sab m’appelle et me dit que Seb arrive à ma rencontre, c’est une aide précieuse d’avoir quelqu’un. Le voilà, le maître Titan, nous terminons la descente tant bien que mal et sommes aussi rejoint par ma fidèle chérie.

Avant dernier ravitos (La Valée Heureuse – 155 Km). Merci à Seb pour ton aide. Je découvre les joies des chiottes à la turques après plus de 150 km, un vrai plaisir pour les cuisses 🤣🤣🤣.

Plus que 20 km et deux petites montées de 300 et 200 m de d+ et une descente très technique.

Sab m’aide beaucoup, elle m’accompagne pratiquement sur toutes les montées, puis elle me récupère en bas. C’est moins dur mais je ne peux pas courir. Oui, je sais, ça fait un moment que je cours plus mais j’essaie quand même.

Dernier ravito et direction Valmy (170 Km) c’est que de la piste avec au sol des parts de pizza. Oui, c’est bizarre je vous l’accorde mais bon ça fait plus de 43 h que je cours. Mon amour est toujours là ❤️, elle m’accompagne sur 5km nuque Valmy.

Finisher, indicible, si fort

Arrivé à Valmy (170 Km), je me rends compte que c’est bon il me suffit de rallier le port. Je récupère Sab près du port après un énième hallucination pour finir avec elle. Elle aura quand même fait 45 km et 1600 de d+ à m’accompagner et à me chouchouter sur tous les ravitos, merci mon amour ! Je t’aime !!!!!

Ça y est j’y suis, je suis sur le front de mer, je me refais tout le parcours dans la tête. La pression retombe, j’ai des larmes pleins les yeux, j’arrive même à recourir un peu pour finir. Je suis accueilli par des bénévoles avec des ballons, c’est cool.

Voilà, c’est fait, je viens de boucler mon premier Ultra-Trail 173 km 8000 de dénivelé positif en 43h39. Je suis heureux, j’embrasse ma chérie, sans elle ça n’aurait pas été la même. Je récupère ma médaille, ma veste Finisher, m’assois et bois une bonne bière. J’ai quand même du mal à réaliser.

Il est temps d’aller se doucher et de se coucher avec des images plein la tête…

Remerciements

Je tiens à féliciter Pat et Edith qui ont terminé aussi, merci à Céline et laura pour leur aide sur la première partie pour l’assistance, merci aux Tocats

Je tiens à remercier plus particulièrement ma chérie qui m’a accompagnée et m’a bichonné comme toujours, ma belle-mère qui a passé son samedi a garder mes enfants en attendant que Sab revienne.

Merci Seb pour ce petit bout de parcours avec moi.

Et Merci à tous ceux qui m’ont aidé lors de ma préparation en particulier mes copains de boulot que je saoule tout le temps pour aller courir.

Maintenant un peu de repos, et à bientôt pour de nouvelles aventures.

Prochain gros défi l’année prochaine la Diagonale des Fous !

À bientôt les amis

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