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L’Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme (part 1)

233 Km vécus et racontés par Frédéric Goumard

©Instagram@andorraultra

L’Euforia Andorra Ultra-Trail, est une course hors normes aux particularités bien spécifiques. A l’image du « Tor des Géants » cette course fait partie des Xtrème-Trails avec ses 233 Km de parcours et 20 000 m de dénivelé positif. Mais ce Trail possède deux grosses autres particularités. Il se court obligatoirement en duo et quasi sans balisage. Ainsi, aux capacités physiques et sportives nécessaire pour devenir finisher de cette épreuve vous devrez ajouter une qualité fondamentale, l’orientation.

Frédéric Goumard, Membre de la Team Follow Our Track fait partie de ces extra-terrestres (finisher de plusieurs Ultra-Trails) qui cumulent désormais une place de finisher du Tor des Géants (330 km et 24 000 m D+) et depuis 2019 une place de finisher de l’Eurforia Andorra Ultra-Trail.

Frédéric pour qui le temps s’est arrêté dans les montagnes d’Andorre à l’été 2019 avec son ami et coéquipier le canadien Yvan L’heureux a choisi de nous faire partager son aventure sous forme de récit. Il était pour nous très difficile de réaliser un résumé de ce récit sans risquer de trahir la pensée, les émotions et/ou les instants magiques vécus par Frédéric, son coéquipier et leurs familles. Follow Our Track a donc décidé de publier ce récit (rédigé par Frédéric) dans sa quasi-intégralité. Pour y parvenir nous avons choisi de scinder cette aventure en trois parties.

Nous vous livrons ici la première partie de cette épique, envié et admiratif tour de l’Andorre dans lequel Frédéric s’est replongé goulûment pour mieux le revivre et le partager.

L'Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme©FollowOurTrack@Frédéric-Goumard

Là où tout a commencé

Je commence à avoir pas mal d’expériences en montagne et en ultra-distance sous différentes formes. J’ai toujours aimé le principe d’auto-organisation et d’autonomie que l’on perd de plus en plus sur les courses actuelles.

J’étais donc inscrit sur la première édition de l’Euforia en 2017 dont l’esprit m’a tout de suite attiré. C’était l’année suivant l’extraordinaire aventure de la Transpyrénéa (traversée des Pyrénées, 900 km en forte autonomie) où j’avais arrêté au bout de 300 km. Cette course remettait en lumière énormément de valeurs dans les échanges humains. C’est là que j’avais fait la connaissance d’Yvan L’heureux, partageant avec lui une journée de marche (Il parviendra à l’arrivée).

En 2017, ma tête n’était pas prête à suivre. Beaucoup de fatigue avec Adélie qui n’avait que 7 mois, et mon père, bouffé par un cancer fulgurant. J’avais failli me faire écraser par un gros rocher dans une descente en pierrier dont la chute avait été déclenchée par un concurrent au-dessus de moi. Puis, j’avais vu tomber Ludovic Dromard dans une barre rocheuse juste derrière moi au moment où je le prévenais de faire attention. Il s’en était sorti miraculeusement vivant avec une fracture ouverte pour laquelle j’avais alerté les secours et attendu avec lui et son binôme de course l’hélicoptère pendant presqu’une heure….

Ainsi, après seulement une journée de course, j’avais choisi de rendre mon dossard à Arcalis, mentalement épuisé. Yvan y avait aussi abandonné après une très grosse insolation.

Dans ma tête, j’avais envie de revenir sur Euforia. En octobre 2018, nous avons effectué en famille un voyage au Québéc. Nous sommes passés voir Yvan à Rivière du Loup et nous avons convenu de faire un binôme sur cette course et d’y partir en famille avec Audrey, Adélie (2 ans et demi) et Maël le fils d’Yvan (9 ans).

Une hygiène de vie irréprochable…

Depuis la naissance d’Adélie, j’adore passer du temps à la voir grandir. C’est un choix qui m’oblige à réduire drastiquement le temps que je consacre à m’entraîner. Ainsi, je ne cours plus que sur des petits footings courts le midi et conserve seulement mon trajet quotidien pour aller au travail en vélo (24 km aller-retour). On y ajoute la possibilité de se libérer quelques week-ends pour des courses un peu plus longues, quelques micro-sorties de 1 à 2 km pieds nus ou en sandales histoire de promener le chien ou de sortir le verre au collecteur ainsi que 3-4 séances de 5’ de gainage/renforcement par semaine et vous avez la base de mon entrainement.

Bien entendu aussi, je mange et je bois comme j’ai envie au mépris des préceptes diététiques.

Autant dire que je compte beaucoup sur mon expérience pour la course.

… Une Préparation de folie…

Pour arriver le moins mal préparé possible, j’avais réfléchi en décembre à un plan de quelques courses pour développer les qualités de résistance et d’endurance :

  • Janvier, tour de la métropole bordelaise en « meneur d’allure », (112 km à pied et 6 km à vélo).
  • 17 mars, premier dossard, le tumulus trail avec mon cousin Aurélien, 36 km et 1000 m de D+, 5h27.
  • 30 mars, second dossard au duathlon M de La Rochebeaucourt en faisant l’aller-retour depuis chez mes grands-parents en vélo, un total de 98 km de vélo, 4.5 km à pied en claquettes et 3 km pieds nus.
  • 13 avril, 100 km off de route bien vallonnés avec quelques amis dans l’entre-deux-mers en autonomie complète, fini 76km avec 800m de D+ en 10h15 avant de rentrer avec un genou qui commençait à tirer un peu.
  • 27-28 avril, 24h de course d’orientation au score en binôme avec Aurélien à Bruniquel, un total aventure de 83 km et presque 3000 m de D+.
  • 9 mai, séance clé de côtes, sous une météo terrible avec 44 km de vélo pour l’aller-retour et 15 km pour 1350 m de D+ à pied avec gros sac sous la pluie et la tempête à Langoiran.
  • 1 juin, triathlon distance Ironman à Hourtin, 3.8 km de nat + 180 km de vélo sous une température infernale de 34° (première chaleur), puis arrêt après 20 km de course à pied car impossible de garder l’eau que je buvais.
  • 2 juin sur le trail vallonné de Chevanceaux en Charente (20 km et 400 m de d+).
  • 28-29-30 juin, un dossard sur l’Ultra-Marin, tour du Golfe du Morbihan de 177km et 1200m de D+ bouclé en 38h sans se taper dedans en finissant main dans la main avec mon ami Karl.

… pour un programme d’entrainement au millimètre ou presque

2 semaines avant la course, j’avais donc un cumul d’entrainement 2019 d’environ 9 km de natation, 2000 km de vélo et 1000 km de course à pied (dont à peine 10 000 m de D+). A cœur vaillant, rien d’impossible.

1 semaine avant la course, les vacances commencent et Yvan arrive avec Maël. On fera en tout un footing de 3 km et on passera notre temps majoritairement à manger, boire et dormir. Nos esprits sont légers. La finalisation de la stratégie et des sacs se fait sur le week-end du 13-14 juillet.

Philosophie : on sacrifie le confort pour être le plus léger possible, on passera au moins 3-4h à chaque base de vie pour bien manger, bien se soigner et dormir si possible 2-3h à chaque fois (en espérant ne pas avoir la barrière horaire qui nous colle aux fesses).

Le calme et la sérénité avant l’aventure

L'Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme
©FollowOurTrack@Frédéric-Goumard

Nous mettons le cap mardi 16/07 matin vers l’Andorre tous les 6 (avec le chien pour tenir chaud aux pieds) pour un voyage sans encombre. Notre appart-hotel à Xixerella (10 min d’Ordino) est vraiment bien.

Trajet sur Ordino. Le brieffing obligatoire nous met bien dans l’ambiance. Météo annoncée pas si pire avec des orages possibles premier soir et deuxième soir et pas de fortes chaleurs.

Récupération des dossards toujours en rigolant. On a retrouvé Fantine et ses parents chez qui nous avions été invité quelques jours avant avec des amis de la Transpy et de l’édition Euforia Andorra Ultra-Trail 2017. Je retrouve Eric Galéa que je n’avais pas vu depuis le Tor des Géants 2014. Adélie semble ravie de découvrir plein de nouvelles choses, je la porte sur mes épaules avec grand plaisir.

On n’a plus qu’à déposer le sac de la base vie. Avant, on finalise le contenu des sacs de course et ce qu’on laisse dans le sac base vie sur le parking. Petite émotion qui monte et franche pression au moment de déposer le sac. Maintenant on y est !

Retour à l’appart pour s’installer un peu. On décide de manger au restaurant du camping attenant le soir pour ne pas se coucher trop tard. Ce dernier n’ouvre qu’à 20h alors que l’on se pointe à 19h30, obligés de prendre une petite pinte de bière d’attente avec Yvan. On rigole bien et l’on passe un moment très serein en famille.

Dans mon lit vers 22h, je trouve tout de suite le sommeil mais me réveille en sueur alors qu’il n’est même pas 1h. Sans penser particulièrement, je n’arrive pas à me rendormir et j’ai l’impression de voir toutes les minutes défiler.

Jour J et heure H, Euforia nous voila !

5h, le reveil sonne et tout le monde s’active assez rapidement, j’ai dû dormir 3h à peine. C’est dur pour Adélie qui n’a pas l’habitude d’être réveillée si tôt. J’engloutis assez vite pas mal de choses en me forçant à manger : des abricots, des noix, des barres céréales chocolatées et autres trucs.

Je me sens malgré tout bien réveillé et lucide. Yvan a bien dormi. On plaisante toujours, c’est bon signe. La tenue de course est vite enfilée et on s’entasse sans le chien dans la voiture (on lui évite les pétards du départ). On se gare au centre sportif et arrivons vers 6h15 à proximité du sas. Il fait jour et l’ambiance est plus intimiste que sur la Ronda ou la Mitic.

Nous ne sommes que 132 au départ (66 binômes). Pas de grande Batoucada qui tambourine à tout va de façon entraînante. Tenue de pluie tirée au sort pour la vérification du matos obligatoire à l’entrée du sas, petit moment de stress normal en la cherchant dans le sac.

Tout est bon et nous voilà parés. Embarquement dans quelques minutes. Toujours émouvant de se serrer entre coureurs et entre conjoints par-dessus la barrière. Je prends Adélie dans mes bras une dernière fois et elle me dit blottie contre moi « bonne course papa ! » avec son petit visage souriant et je me sens rempli d’une énergie folle (et franchement ému aussi).

Les pétards éclatent, la musique s’élève et le speaker nous libère après son compte à rebours. Nous voilà partis à l’assaut des montagnes andorranes et je sais l’ampleur du chantier qui nous attend. Nous trottinons sur les petites descentes et les replats avec Yvan sans forcer. Plutôt en fin de peloton. Il fait beau mais pas trop chaud. Tous les voyants sont au vert.

Col d’Arènes, première montée, orientation et navigation, déjà

La longue montée jusqu’au col d’Arènes (km 13, 2 560m) commence (soit une « petite » mise en jambes de 1300m de D+).

On suit un peu bêtement quand quelqu’un nous précède puisqu’il y a souvent quelqu’un de visible devant. Un moment où nous sommes un peu plus seuls, on part tout droit au lieu de monter à droite, il nous faut bien 100 m pour nous rendre compte de l’erreur et revenir sur nos pas. Prudence prudence… , La navigation GPS peut vite jouer des tours si on ne reste pas concentré.

On trottine pas mal sur les courtes portions de descente pas trop raides. Nos sacs sont légers (environ 6 kg pour moi et 5 kg pour Yvan avec nourriture et eau). On le voit sur les portions où la pente se raidit fort car on double souvent d’autres équipes avec des sacs plus volumineux.

On fait une petite pause pour remettre de la nok aux endroits dès la perception de frottements marqués sur nos zones sensibles (pour moi intérieur des cuisses et entre les fesses, pour Yvan… bon chacun ses points faibles). Ça avance lentement mais sûrement. De toute façon, la patience sera le maître mot de ses prochains jours.

Le col est atteint, j’envoie un petit SMS à Audrey pour lui dire que nous l’avons atteint et que tout va bien pour nous. J’enverrai ainsi plusieurs SMS par jour quand le réseau capte pour la tenir informée de notre avancée. Les paysages sont grandioses à 360° autour de nous. On a tellement de chance d’être là.

Nausées, méfiez-vous de l’altitude

On tire à gauche un peu à flanc pour aller chercher une première épaule puis descendre et remonter pour en chercher une seconde. On monte sur cette dernière pour atteindre le pic d’Estanyo. Dans mon souvenir, on montait sur la crête de la première épaule et c’était assez aérien. Là ça remonte raide mais bien (hors sentier mais pas si dur). J’ai un talon d’Achille droit qui tire un peu et Yvan sur le gauche, mais rien de grave à ce stade.

Par contre à partir de 2700, 2800, Yvan se plaint un peu de nausées et de la tête qui tourne. Il se cale dans mes pas en pilote automatique et on arrive facilement à 2 914 m. On en est déjà à plus de 2 000 m de D+ en 19 km, les équipes que l’on double tirent déjà la tronche. Sur la descente, les maux d’Yvan disparaissent complètement vers 2 700 m, tout semble indiquer qu’il souffre de l’altitude.

La descente est raide et bien technique, je commence à avoir un coup de fatigue de ma courte nuit précédente. On arrive vite au pied d’un court raidillon sommital du pic de la Cabaneta à faire en aller-retour (km 20.5, 2 864 m). Je fais une micro-sieste de 2-3 min sur le col.

Petits bobos et premières frayeurs

J’ai moins sommeil et nous pouvons attaquer un pierrier bien pourri vers le Collada de Meners. C’est bien raide et bien instable. Il faut vraiment s’appliquer pour ne pas faire partir de gros rochers sur celui qui ne nous précède ni partir en dérapage sans pouvoir s’arrêter. Du coup, on a une grosse pression psychologique. On ne veut pas traîner pour ne pas se prendre un rocher venant d’un concurrent derrière soi, mais il faut vraiment faire très attention à soi.

Vers le milieu de la descente, un espagnol (l’espagnol parle fort, donc ça s’entend de loin) derrière se rapproche de moi en descendant trop vite à mon goût. Il crie, je me retourne instantanément. Il a fait, comme je le craignais, partir une pierre de la taille d’un ballon de foot 5 à 10 mètres au-dessus de moi. Je n’ai pas le temps de l’éviter et je la prends dans le tibia de plein fouet mais elle n’a pas pris beaucoup de vitesse et ne me fait pas trop mal…

Un flot d’émotions me remonte instantanément avec les souvenirs de 2017. Malgré le tibia un peu anesthésié par l’impact, je crie à Yvan qui me précède d’une vingtaine de mètres et me demande si ça va : « faut pas trainer là, on se casse et vite ! ».

Premier 3000, large crête et paysage grandiose

L'Euforia, Andorra Ultra-Trail, aventure et récit d'une course hors norme
©FollowOurTrack@Frédéric-Goumard

Je suis soulagé dès la fin de cette section bien engagée. La remontée est ensuite raide pour rejoindre le col à proprement parler, on tire ensuite à gauche sur une crête hors sentier et toujours bien raide pour aller chercher un nouveau sommet à plus de 2 900 m (pic de la Serrera, km 23, 2 913 m,).

Tout se passe bien pour moi, mais là encore, Yvan souffre de nausées et de tête qui tourne. La vue est à nouveau grandiose sur ce sommet frontalier avec la France. On a déjà quasiment 3 000 m de D+ dans les pattes.

La re-descente se fait sur une large crête avec un sentier marqué avec quelques ressauts plus raides dont celui où j’avais failli me faire écraser en 2017… là encore bouffée d’émotion et pas envie de moisir sur le passage. On descend ensuite le long d’une rivière sur plusieurs kilomètres avec quelques passages à gué jusqu’à retrouver le refuge gardé de Sorteny.

L’après-midi est déjà entamé et des nuages noirs commencent à s’amonceler dans le ciel. Tous les voyants sont au vert pour nous 2 malgré le mal d’altitude d’Yvan. Il reste très confiant, se disant que ça ira vite mieux au fur et à mesure de la course. On trottine même sur la fin de la descente pour être sûr d’atteindre le refuge avant que les orages n’éclatent.

Difficile de contenir son émotion et ses larmes

Juste en arrivant à hauteur du refuge (km 27, 1 962 m), je vois Pascal, le père de Fantine puis Maël et je suis envahi d’une immense émotion en découvrant quelques instants plus tard Audrey et Adélie. Yvan me confiera en repartant avoir vraiment retenu ses larmes en voyant son fils à ce moment-là.

Nous ne nous attendions pas du tout à les voir ici alors qu’il y avait presque 30 min de marche depuis la fin de la route. Cela a dû être long pour Adélie et pour Audrey avec le sac et le chien. Adélie me fait un énorme calin et j’en suis tout retourné. Les mots me manquent tant la surprise est grande. On s’installe pour commander une assiette de pâtes et une bière. Audrey nous tend aussi du fromage et du chocolat. Nathalie, la maman de Fantine, nous offre également des cannelés. On mange un peu tout ça et la bière me fait vraiment très plaisir.

Recharger les accus mais surtout ne pas oublier de prendre du plaisir

On avait convenu avec Yvan de s’interroger pour vérifier notre lucidité respective pendant le parcours si on avait envie d’une bière, la réponse a toujours été unanime. Yvan prend en plus un coca, moi un café. J’ai Adélie sur les genoux et les pieds à l’air. J’en profite avec l’aide d’Audrey pour charger un peu le téléphone avec une batterie externe car c’est lui que j’utilise pour la navigation GPS (logiciel LocusMap et fonds de cartes offline IGN avec un rendu très précis) tandis que Yvan a un GPS garmin Etrex avec un fond de carte basique.

L’orage éclate pendant que l’on mange et un déluge d’eau s’abat dehors. Je m’inquiète du coup pour le retour d’Audrey, Adélie et Maël jusqu’à la voiture. On reste environ 30-40min en tout au refuge. Nos familles repartent environ 10 min avant nous sous une pluie faible. Au moment où nous repartons, la pluie revient fort et je préfère passer la tenue pluie complète (veste, pantalon et chaussettes étanches).

Tout faire pour s’installer dans la routine

La montée qui suit se fait sous des trombes et dans un chemin rempli d’eau. J’espère qu’Audrey et les enfants ont atteint la voiture avant. On passe une épaule et on redescend dans un vallon de Rialb. Ma mémoire me dit que l’on prenait à droite en 2017 pour aller chercher une crête où avait eu lieu la chute de Ludo. Cette fois-ci, on monte tout droit.

La pluie a cessé et j’ai vite bien chaud avec ma tenue que j’enlève dès que l’environnement est moins fait de grandes herbes chargées de pluie afin de garder les pieds les plus au sec possible. On monte et tout sèche vite. Une re-descente bien raide en banquette herbeuse est même pas trop mouillée, tant mieux car cela aurait compliqué la tâche. Un SMS d’Audrey me rassure, ils sont trempés mais bien arrivés à la voiture.

Les heures de l’après-midi défilent. On monte lentement mais surement vers le portella de Rialb (km 35, 2 508 m). Yvan peine avec les nausées dés 2 500 m cette fois-ci. Je dois l’attendre à plusieurs reprises. Je l’encourage.

Une fois le col atteint, je vois beaucoup d’autres participants (le sommet est en aller-retour) qui ont des visages déjà très marqués. En 2017, j’avais commencé à accuser le coup à partir de là. Pour le moment, je me sens bien.

Depuis le départ, j’essaye de manger une petite bouchée par heure, mais j’ai été négligeant sur cette longue montée après le plat de pâtes, du coup, je prends une petite hypo juste avant le sommet. Je me réalimente en prenant le temps au sommet pour attendre Yvan. Cette montée était difficile avec les efforts qui s’accumulent.

Et au loin Arcalis, première base de vie

Le soleil commence à baisser sur l’horizon au sommet du Pic de Font Blanca (km 37, 2 903 m). On a encore environ une heure de jour devant nous et il reste 10 km pour atteindre la base vie mais je sais que la route va être encore bien longue jusque-là. Ça va mieux dans la descente pour nous deux.

Une banquette herbeuse bien raide et assez « paumatoire » nous fait perdre un peu de temps pour savoir par où on peut descendre sans danger.

Le jour décline alors que l’on passe auprès d’un joli lac. Un peu plus loin, on aperçoit même les lumières de la station de ski d’Arcalis, à peine 1 ou 2 km à vol d’oiseau, mais on va devoir monter sur une crête à droite pour aller faire un peu de rab…

Mes souvenirs de 2017 nous aident à retrouver le passage sur une montée très compliquée à flanc sans aucun chemin (j’y avais perdu plus d’une heure à l’époque à monter et descendre sans comprendre par où passer malgré la trace) pour atteindre un cirque avec un lac.

La fatigue commence à me rattraper. La montée est raide avec pas mal d’éboulis. Le temps se distend pour moi. Je lutte contre le sommeil, mon corps ne répond plus. Je passe en mode mental et c’est Yvan qui me tire et m’encourage. C’est interminable.

Arcalis, notre première victoire

Il y a au moins 2 ou 3 fois où je crois que l’on atteint le col, mais en fait il faut encore monter un peu plus sur un endroit que l’on ne voyait pas. Yvan me propose des comprimés de caféine et je ne me souviens plus si j’en ai pris ou pas. Je suis en mode survie. Je repense à mes mantras pour positiver et me force à manger et boire quand même régulièrement. Pour dire vrai je me sens aussi un peu en hypoglycémie. Les souvenirs sont confus et je ne me souviens plus bien si j’ai pu prendre quelques minutes de sommeil ou pas. Yvan me pousse à avancer.

Je me souviens dans le début de la descente, plus roulante, avoir eu les yeux se fermant tous seuls tout en continuant à marcher. Vers le milieu de la descente, je commence à aller mieux. Il est quasiment minuit (23h52 soit 16h52 de course) lorsque nous arrivons au plus haut bâtiment de la station d’Arcalis, c’est la première base vie où j’avais abandonné en 2017. Nous avons parcouru seulement 47 km et déjà 5 300 m de D+. Nous sommes fatigués mais en bonne forme après ce très gros morceau.

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