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L’Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme (part 2)

233 Km vécus et racontés par Frédéric Goumard

©Instagram@andorraultra

Frédéric Goumard Membre de la Team FollowOurTrack nous fait vivre, dans ce second opus, la suite de ses aventures au sein de l’Euforia Andorra Ultra-Trail, course que nous avons qualifié d’hors normes. Nous reprenons ce récit alors que Frédéric et son Binôme canadien Yvan L’heureux arrive sur la première base de vie de cette épreuve, Arcalis. Il est plus de 23h. Cette première nuit d’Ultra est bien entamée. 

Ma routine de Base Vie n’est pas rôdée du tout, alors qu’Yvan est un modèle d’efficacité. Il me chambre gentiment. Mon sac base de vie est un gros foutoir avec tout en vrac à part une poche pour les recharges de nourriture. On discute un peu avec les autres équipes présentes.

L'Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme
©FollowOurTrack@Frédéric-Goumard

A Arcalis, sur l’Euforia, il faut manger ce soigner et dormir… un peu

Je prends le temps d’aller aux toilettes, remettre de la NOK sur les pieds et refaire mes protections des petits orteils. Il n’y a pas le moindre échauffement.

Yvan se douche et se change alors que je reste dans la même tenue. Ma seule touche d’hygiène sera de me laver les dents, me débarbouiller et me laver les mains.

Je mange un peu mais je n’ai pas encore très faim après le gros passage à vide d’il y a seulement quelques heures. Les bouillons passent bien, un peu de lentilles et très peu de pâtes. Je bois du coca et mange quelques morceaux de pastèques.

Je choisis d’aller prendre un lit-picot. Nous devons être repartis avant 9h du matin pour la barrière horaire. Nous convenons d’un départ à 4h, ce qui nous laisse un peu plus de 3h de sommeil possible. Je mets le réveil à 3h car je prévois de manger à nouveau un peu et de me faire masser les jambes avant de repartir.

Le dortoir est rempli et il y a peu de places libres. Je reste allongé entre 2 personnes qui ronflent fort sans parvenir à trouver le sommeil. Les yeux fermés, je me repose ainsi environ 2h avant de me lever tiraillé par la faim et n’ayant plus vraiment sommeil.

Je n’ai pas dormi mais je me sens vraiment bien. Je prends 30 min de massage des quadris et des mollets. Ils étaient un peu raides mais pas encore trop. Je me sens tout neuf. Cette fois-ci j’ai bon appétit et mange 2 assiettes de pâtes et une soupe avec un peu de saucisson.

Yvan arrive et a pu dormir. Il me dit qu’il utilise des bouchons d’oreilles et qu’il en a une paire de secours qu’il pourra me sur les prochaines Bases de vies. L’idée est excellente, je n’y avais jamais pensé.

Je vous le mets quand même ?

Eric Galéa arrive alors que nous allons repartir. On parle quelques instants. Nous enfilons 2 cafés chacun et nous repartons pour notre 2° étape qui doit nous amener jusqu’à Margineda. Nous allons pouvoir passer le Comapedrosa de jour, mais je doute fort à ce moment-là que l’on arrive à la Base de vie 2 de jour. Il est 4h15.

La navigation GPS est un peu hésitante dans la nuit avec plusieurs traversées à gué de rivières pour aller chercher le prochain pic de Cataperdis avec une montée d’abord douce puis franchement raide.

Puis la progression se fait sur des crêtes avec des alternances de petites senties et de champs d’éboulis. Le pic (2805 m, km 50) est atteint avant que le jour se lève. Yvan me dit souffrir un peu moins de l’altitude cette fois-ci.Le jour se lève et on alterne montées et descentes sur des terrains majoritairement pourris.

J’explique à Yvan le principe de la petite phrase que je lui serine régulièrement sur ces pierriers péteux « il y en a un peu plus, je vous le mets quand même ? ». Je fais référence aux commerces de détail spécialisés tels qu’un boucher-charcutier qui n’existent pour ainsi dire pas au Québec et quand tu leur demandes 3 fines tranches de quelque chose, tu te retrouves généralement avec des plaques de 2 cm d’épaisseur avec cette jolie phrase qui te prend un peu en otage parce que t’oses pas dire « ben non, ça me va pas ». Donc ça n’en finit pas, et on nous en remet plus que ce que l’on avait prévu.

Il fait bien jour quand on atteint le Pic del Fonts (2749 m, km 54).

Et là, le Comapedrosa, ou le toit de l’Andorre

L'Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme
©FollowOurTrack@Frédéric-Goumard

On aperçoit nettement le prochain objectif du Comapedrosa, point culminant d’Andorre et de la course. Une grosse heure de descente et on est au pied de notre ascension. Yvan commence la montée pendant que je me remets de la NOK sur les pieds et entre les fesses. Je l’ai à vue mais l’écart ne se réduit pas.

La montée de 900 m de D+ en un peu moins de 3 km sur des éboulis est à la fois courte en distance et longue en temps. Les sensations ne sont pas bonnes et je ne rattrape Yvan qu’au col juste 15 min sous le sommet. Il souffre de l’altitude mais apparemment bien moins qu’hier.

Nous sommes au pic de Comapedrosa (2942 m, km 59) en milieu de journée. La descente est raide mais le refuge Comapedrosa n’est pas très loin. Nous prévoyons d’y faire une grosse pause d’une quarantaine de minutes.

Je me sens très bien dans le début de cette descente (alors que ce n’était pas top il y a une heure à peine, ça change si vite dans un sens ou dans l’autre). J’aurai même envie de courir dans cette descente. Mais Yvan n’est pas top, on descend prudemment jusqu’au superbe Estany Negre avec quelques gros névés à traverser.

4 fantastiques oui, mais des hommes comme nous

Le refuge se laisse vite deviner même s’il reste environ 2 km pour l’atteindre. On voit revenir de la droite les 4 fantastiques (2 binômes parmi lesquels le journaliste Denis Clerc bien connu du milieu sous le pseudo Zinzin reporter) qui n’ont pas suivi la trace correctement. Denis a l’air bien mal. Je lance un joyeux « salut les filles, ça boome ! On se promène ! » pour dérider tout le monde. Yvan est plus à s’enquérir s’il peut apporter un soin ou un médicament. Ils nous remercient de nos attentions

A l’approche du refuge, Yvan a une forte nausée qui monte malgré l’altitude plus basse. Je le rassure en lui disant qu’on va prendre le temps nécessaire au refuge pour se refaire la cerise.

La tenancière n’est franchement pas aimable et les pâtes ne sont vraiment pas terribles (Yvan me fait remarquer qu’elles baignent dans l’eau) mais j’ai vraiment faim donc je trouve ça excellent.

Yvan touche à peine à sa bière et je dois donc la finir. Il s’allonge sur le banc en me demandant de lui laisser 5 minutes. Il s’endort en quelques secondes. Les 2 équipes qui arrivent derrière ne le réveillent pas. Je finis de prendre soin de mes pieds et de boire mes bières.

Je réveille Yvan qui me dit aller mieux. Denis Clerc vient de vomir et ne parle que d’abandon, ses 3 compères l’encouragent à continuer. Je leur conseille la bière comme médicament qui soigne à peu près tout. Ca les fait bien rire.

Il fait beau et pas trop chaud, nous repartons d’un bon pas en quittant le refuge.

Les binômes c’est comme les vieux couples

Il me semble que c’est dans le début de la montée qui suit qu’Yvan s’arrête d’un coup sans prévenir et se retourne pour me dire « tu sais, je veux m’excuser ». Et là je n’ai aucune idée de quoi il veut me parler, mais je sens que c’est important pour lui à l’intensité de son regard. « T’excuser de quoi ? ».

« De t’avoir mis la pression parce que j’avais besoin de revenir ici pour finir ». Il ajoute même « ce ne sera pas grave si on ne finit pas en fait ». Je marque un temps, je cherche mes mots pour lui dire à quel point ce n’est pas lui qui a poussé mais un projet commun. « Tu n’as pas à t’excuser de quoi que ce soit ! Rappelle-toi bien, c’est même moi qui avait évoqué l’idée en premier. C’est une envie d’être là ensemble ».

C’est un moment fort et nous nous serrons fort dans les bras l’un de l’autre. Nous nous promettons de prendre notre temps et d’avancer à l’allure du plus lent du moment pour vivre pleinement l’aventure sans aucun regret. De toute façon, si on projette l’arrivée en cible, on devient fou sur une telle ampleur : 233 km et 20000 m de D+ avec aucun balisage et seulement 4 bases vies, c’est tout à fait déraisonnable ! Il faut prendre une somme de petits objectifs réalistes à court-terme pour pouvoir viser un si grand objectif à plus long terme, tout en gardant l’arrivée dans un coin de sa tête.

Le col suivant (portella de sanfons, 2588 m, km 65) est bien raide sur la fin, mais nous l’atteignons rapidement. Je suis souvent à tirer en tête dans les montées tandis qu’Yvan allonge devant moi dans les descentes.

Nous nous complétons assez bien.

Avancer, s’occuper l’esprit, ne pas trop penser

La crête suivante est belle et pas trop difficile. La vue est superbe. Le vent se lève et manque d’emporter ma saharienne que je récupère 5 m en contrebas en pestant. Je profite d’un endroit avec du réseau pour refaire un point météo en regardant quelques nuages un peu noir à l’horizon : pas d’orage sur l’après-midi ni la soirée, juste quelques gouttes possibles. Parfait, ça évite un gros risque sur le début de la descente.

On avance sur un bon rythme cet après-midi et pour m’occuper l’esprit, j’essaye de faire une estimation de notre temps pour arriver à la Base de vie 2. J’estime une arrivée vers 22-23h, ce qui nous ferait faire le début très technique de la descente de Margineda de jour, c’est une excellente nouvelle.

Pause technique avec enfouissement des déchets juste après le port de Cabus et une assez longue ascension vers le pic dels LLacs (2692 m, km 72). Yvan se cale dans mes pas et souffre encore dans cette montée. La redescente se fait en hors sentier, complètement pourri. « Vous reprendrez bien un peu de pierrier pourri ? ».

La pente n’est pas trop raide, donc ce n’est pas exposé, mais c’est épuisant. Une fois sortis du pierrier, on se retrouve dans un espace de chemin creusé dans les herbes hautes avec juste la largeur d’un pied, donc pas pratique du tout pour marcher. C’est une sente d’animaux qui casse les chevilles, on n’avance pas vite et il fait presque chaud. Je râle un peu et Yvan aussi.

Il nous tarde de nous poser un peu au prochain col. « Tu veux une bière Yvan », « Ouais, 2 même ! » On passe entre quelques fermes puis on remonte une piste de ski herbeuse bien raide qui nous amène au col de la Botella.

Entendre des voix ne veut pas forcément dire délirer

L'Euforia, Andorra Ultra-Trail, une course hors norme
©FollowOurTrack@Frédéric-Goumard

Le souffle est court, je tire pour arriver. Les bâtiments apparaissent. A environ 200 m, j’ai l’impression d’entendre les voix d’Audrey, Maël et Adélie. Et puis je les vois dans la fin de la montée, à environ 50 m des bâtiments. Adélie se met à courir vers nous en criant « mon papa poulet ! ».

Je suis très ému. Arrivée à ma hauteur, elle me demande « papa, je peux monter sur tes épaules ? ». Je suis très fatigué mais j’ai un plaisir, indescriptible avec des mots, à mettre un genou à terre, mettre ma fille sur mes épaules et me relever pour finir cette pente avec elle.

Ce moment n’a pas de prix et Yvan est aussi incroyablement heureux de retrouver Maël. J’embrasse Audrey en lui disant simplement à quel point je suis heureux de les trouver là. Nous nous asseyons à une table extérieure. Maël se charge de remplir nos poches à eau, Audrey va chercher une bière, un coca et un café pour moi, deux cocas et un café pour Yvan.

Adélie me raconte qu’ils sont allés à un endroit où on voyait beaucoup la montagne et que c’était joli. Elle me dit qu’elle est contente de voir les montagnes. Audrey a peur de nous ralentir mais elle est tellement extraordinaire d’attention et de bienveillance que je reste sans mots et me contente de lui renvoyer un profond sourire.

Au final, nous restons seulement environ 15 min avant de repartir car on souhaite vraiment passer le début de la descente sur Margineda de jour. Mais que ces moments sont émotionnellement puissants.

On rattrape un couple russe en train de s’engueuler, l’homme accélère pour ne pas attendre la femme. Il continue à lui crier dessus sans se retourner. Elle est obligée de trottiner sur le faux plat montant pour se remettre à sa hauteur en criant elle aussi.

Interminable descente de la Margineda

Erreur d’inattention qui nous coûte environ 200 m de hors-piste, puis on se retrouve à l’approche de la crête du Bony de la Pica. Je connais cette section que j’ai prise sur la Ronda l’an passé.

Je préviens Yvan : « il y a au moins 3 ou 4 ressauts avant d’arriver vraiment au sommet, le début de la descente est très technique avec des passages sur main courante et l’ensemble de la descente (1400 de D-) est simplement interminable. En plus, il y a un village aux 2/3 de la descente où l’on croit être presque arrivés mais en fait non et ça casse le moral ».

Quelques gouttes de pluie, mais pas de réelle averse sur cette montée. C’est long mais ça se passe bien jusqu’à arriver au sommet, puis à la brèche marquant le début de la descente. Il est à peine 19h. Cela signifie que l’on va faire la plus grosse partie de la descente de jour et arriver peu après la tombée de la nuit. Yvan trouve effectivement bien engagé le début de la descente que je connais. Il s’y est préparé mentalement avec ce que je lui ai raconté, du coup c’est long mais cela se passe bien.

La descente est quand même interminable (avec une remontée de 100 m de D+ au col Jovel sur la fin que j’avais oubliée aussi dans le mode qui casse le moral) mais en s’isolant mentalement, ça se passe. On a toujours un bon pas et on arrive même un peu avant la tombée de la nuit à la fin du chemin où l’on retrouve Pascal qui nous accompagne sur les 200-300 m qui nous séparent encore de la base vie.

Deuxième Base de Vie de l’Euforia, La Margineda

Au pied des marches menant à la Base de Vie, Fantine est là et nous serre dans ses bras. Je commence à avoir un peu sommeil. Ce second tronçon était encore un gros chantier. Nous sommes bien fatigués mais très content de notre progression rapide de la journée. Il est 21h05. (38h05 de course). Le compteur est à 88 km pour 9400 m de D+.

La famille de Fantine est aux petits soins. Ils me remplissent mes poches à eau, rechargent la batterie de mon portable. Je me goinfre encore de cannelés. Gros repas de soupe d’abord puis de pâtes, tout passe bien.

Mes chaussettes me grattent un peu sur les talons d’Achille, la peau a un peu rougi. Pour ne pas prendre de risque, je vais donc prendre une douche. Jurgen à côté de moi sur le banc me prête le gel douche que j’ai oublié. Visiblement, Jurgen est surpris de voir un touriste comme moi sur la balade. Sa femme Laetitia est là avec ses 2 petites filles jour et nuit avec une logistique digne d’un suiveur professionnel.

Une rapide douche et Yvan me passe ses bouchons de secours. Yvan hésite entre départ 1h et départ 2h. Il faut être parti avant 6h pour la barrière horaire. N’ayant pas encore dormi, je tranche pour 2h.

Au paravent, je prends 30 min pour me faire masser les jambes et hésite à voir le podo? Suite à une petite chute dans un ruisseau, j’ai une petite crevasse sous le pied droit et un pli sous le gros orteil. Il me pose un léger tulle gras sous l’orteil et me conseille de mettre du Cicalfate sous le pied pendant que je dors pour enlever l’humidité du pied.

Il me reste 3h15 pour dormir et je sombre presque aussitôt. Je me réveille au bout de 3h. 2 gros cycles et je me sens d’attaque. J’opte pour un changement de chaussettes.

Pics, lignes de Crête et isards, que demander de plus ?

On décolle après 2 bons cafés. On attaque par une longue, très longue montée de 1800 m de D+ qui nous amène d’abord au Coll de la Caula, puis prat primer et ensuite le très raide col del Bou Mort (km 99, 2501 m) où j’avais été pris l’an passé dans un terrible orage de grêle. Les grêlons gros comme des balles de ping-pong avaient contraint les organisateurs à arrêter la course alors que j’avais déjà parcouru 105 km et 8000 m de D+ en 34h.

S’ensuit une descente où nous prenons 1 min pour admirer des isards qui crapahutent sur la crête au-dessus de nous. Puis, c’est une longue montée à flanc jusqu’au pic Nègre (km 101, 2645 m) que je vais chercher en aller-retour. Je ne sais plus à quel moment le jour s’est levé mais j’ai le souvenir d’avoir été bien lent sur la fin de nuit, obligeant Yvan à m’attendre pas mal et en me refilant des comprimés de caféine.

En revanche au Pic Nègre, il faisait jour et je pétais le feu en me sentant tout léger (je me souviens être même descendu en courant sur la centaine de mètres).

Le Cicalfate a bien asséché le pied et la petite crevasse et le petit pli sous l’orteil ont disparu.

Une traversée en crête assez facile nous mène au Torre dels Soldats (km 103, 2760 m). Le sommet suivant est atteint après une courte et difficile descente (200-300 de D- en 500 m) suivi d’une non moins raide remontée et nous voici au pic de Monturull (km 104, 2754 m).

Paysage sublime et rythme soutenu

Je commence à sérieusement être inquiet de ne pas avoir réussi encore une seule fois de la journée à trouver du réseau pour envoyer un SMS à Audrey. Je continue à vérifier régulièrement si je peux lui transmettre de nos nouvelles.

Longue descente plaisante jusqu’au refuge vide de Pierrafita. Nous avançons encore aujourd’hui d’un très bon pas et nous continuons à régulièrement apprécier nos conversations, nos blagues, mais aussi nos silences contemplatifs des paysages sublimes qui nous entourent.

Je n’ai aucune douleur malgré une bonne fatigue et Yvan semble s’être mieux acclimaté à l’altitude désormais. On profite donc énormément du voyage. Je n’y prêtais pas beaucoup attention mais mon nez coule et je tousse de temps en temps depuis ce matin. Au fur et à mesure de la journée, je tousse de plus en plus fréquemment et Yvan également.

Longue traversée descendante vers Estall Serrer, le pas est toujours rapide et l’on double même une équipe de temps en temps. Je calcule pour m’occuper le temps restant pour la remontée sur le refuge d’Illa et j’accélère sans trop m’en rendre compte.

Yvan me demande de ralentir mais j’accélère rapidement encore. Je suis impatient d’arriver mais j’estime mal la distance et finalement le refuge est là (km 118, 2488 m) après une durée qui me semble très longue à soutenir cette allure. Yvan me retoque à plusieurs reprises.

L’Euforia c’est aussi des pierriers et des barres rocheuses

On a été très rapides sur cette section et l’on décide de se prendre une bonne pause de 30min. Un sandwich, une bière et un coca. Je me la rêvais cette bière. A la terrasse je me suis mis à l’ombre car j’étais en sueur à l’arrivée mais je suis rapidement à grelotter. Je me couvre donc le temps que l’on reste à la terrasse du refuge. Après le plein des gourdes, l’aventure reprend dans des paysages toujours très sauvages et toujours sans pouvoir envoyer de nouvelles à Audrey.

Nous repartons sur une crête douce puis qui se raidit un peu plus sur la fin pour atteindre un premier sommet (Tosseta de Vallcivera, 2848 m, km 120) puis c’est une descente raide en éboulis jusqu’à un col pour aller chercher notre cinquième sommet à plus de 2900 m, pic de la Portelleta (2906 m, km 122 frontalier avec l’Espagne). La redescente du sommet puis du col est un éboulis bien instable mais nous sommes seuls dans le chantier. « Vous reprendrez bien un peu de pierrier bien pourri ? Bon, d’accord !».

Notre toux est plus présente et par moment, elle me coupe la respiration et me remonte presque en nausée. On atteint un lac et on remonte au-dessus chercher un petit col très raide en banquette herbeuse droit dans une pente à 50-60% sans aucun sentier (Coll de la Muga). Une fois au col, on retrouve 2 autres équipes qui sont en train de se demander comment redescendre tant la barre rocheuse n’est pas engageante.

La fatigue physique et mentale commence à se faire sentir

On attaque très prudemment la descente et l’on finit par forcer un passage très raide puis la pente s’adoucit et devient herbeuse. La trace nous fait ensuite passer dans une forêt qui se transforme en un véritable marécage avec de l’eau partout. Il est vraiment difficile et épuisant d’y progresser. Nous finissons par rejoindre un vrai sentier en contrebas dans la vallée (GR11 qui traverse tous les Pyrénées côté espagnol).

On suit un peu ce chemin puis on bifurque main gauche pour une longue et plaisante remontée dans un vallon assez étroit qui nous amène après une longue et régulière montée jusqu’au col des Isards (km 135, 2552 m). J’ai le souffle coupé par la toux de plus en plus souvent et la gorge qui me brûle. Yvan tousse aussi pas mal. Au col, on aperçoit en contrebas quelques kilomètres plus loin le très laid village du Pas de la Case.

Ca sent bon, il me tarde de m’arrêter et si possible soigner ma gorge. Au col, je trouve enfin un peu de réseau et j’appelle Audrey. Elle est contente de m’avoir mais était effectivement très inquiète de ne pas avoir eu la moindre nouvelle de la journée. Elle m’explique en plus que nos traces GPS sur le site de suivi avaient cessé d’émettre depuis plus de 3h, nos points sur la carte ne bougeaient plus. Je lui annonce qu’on devrait être à la base vie dans moins d’1h. Elle embarque tout le petit monde pour venir nous voir. Elle a 40 min de route.

La descente sur la base vie est vite avalée et nous arrivons là encore avant la tombée de la nuit mais avec un soleil qui décline. Dans ma mémoire il est environ 20h, mais le diplôme des temps aux bases vies nous annonce à tort une arrivée à presque 23h. Nous avons déjà parcouru 138 km et 14000 m de D+ en environ 60h. Le dénivelé aura été moins brutal aujourd’hui en cumulé mais la fatigue physique et mentale s’accumule fortement avec la navigation souvent compliquée.

Troisième base de vie de l’Euforia andorra Ultra-Trail, le Pas de la case

On entre dans une base vie peu engageante avec d’énormes spots au sol compensant l’électricité défaillante sur le site. Les tables sont dans le noir et il y a beaucoup de monde donc difficile d’étaler son sac base vie. Les bénévoles font tout leur possible mais la situation est compliquée pour eux. Je trouve un infirmier qui me confirme une gorge bien rouge mais pas d’angine. Pour lui, quelques heures de sommeil et ça ira mieux.

Yvan aurait voulu se doucher mais ce n’est pas possible pour une raison que j’ignore. Audrey et les enfants arrivent peu après. Maël s’occupe d’Yvan. Mon tour de kiné arrive vite. J’en profite car j’ai les quadris un peu durs et je ne maitrise pas la technique d’Yvan de s’auto-masser avec les bâtons de marche (bon j’ai jamais trop essayé non plus). 15-20 min plus tard, je suis de retour auprès d’Audrey et Adélie à partager quelques moments qui font beaucoup de bien.

Maël nettoie le dos de son père qui le gratte un peu avec la sueur et la pression du sac. Je mange et Audrey s’en va peu avant la tombée de la nuit pour conduire autant que possible de jour.

Jurgen et son binôme Augusto sont traités au petit soin par Laetitia, un vrai stand de formule 1. Nous convenons avec Yvan d’un départ à 1h du matin et d’aller dormir 2h30. Je vais prendre un lit et sombre immédiatement pour me réveiller là encore au bout de 2h sans le réveil.

Une petite inspection me confirme que je n’ai aucun échauffement nulle part et que les petits plis liés à l’eau ont bien disparus. Nous mangeons à nouveau copieusement et prenons encore 2 cafés avant de repartir.

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